L’abaissement par l’agence de notation  Standard & Poor’s du ‘AAA’ de la France a fait coulé beaucoup d’encre et de salive depuis ce dernier vendredi 13. Dès le lundi, il apparaissait que  les deux autres des trois agences de notations, Moody’s et Fitch,  maintenaient à la France, sa note « prestigieuse », tout en la laissant sous « surveillance négative ».

 

Les réactions des marchés financiers ont été moins vives que les commentaires des politiques et des médias, car la bourse dès la reprise du lundi suivant gagnait près de 4 % et les emprunts négociés par Bercy obtenaient des taux inférieurs aux précédents. Tant mieux, puisque, qu’endettée jusqu’ au cou…la France est dans l’obligation d’emprunter…

 

Nous avions déjà publié un article sur l’origine de la dette et nous avions vu que renonçant à la possibilité de battre monnaie, et souhaitant entrer dans le cercle vertueux des budgets équilibrés, le déficit devait dorénavant être financé par l’appel aux marchés. De plus, la création d’une monnaie unique au sein de la communauté européenne interdit pratiquement  le recours à cette ancienne pratique.  Au moins aurait-on pu garder la possibilité d’autoriser la banque centrale européenne (BCE) à se constituer préteur en premier ressort, ce qui permettrait de limiter les taux d’intérêt. Les Etats comme les Etats Unis et la Grande Bretagne ne se sont pas privés de faire appel à leur banque centrale.

 

Que se passe - t’il  en définitive ?

 

La banque européenne prête à des taux très bas aux banques, afin que celles –ci puissent prêter aux états. Des intermédiaires rémunérés ont donc été introduits dans le système.  Récemment, la BCE a prêté  500 milliards d’euros aux banques afin d’injecter des liquidités sur le marché et alimenter l’économie, c’est à dire, notamment, les entreprises.

 

Quel a été le résultat ?

 

Les banques ont transformé l’essentiel de cette dotation en épargne, placée où ? à la BCE, mais à un taux inférieur…Constat  :  les banques préfèreraient perdre un peu, plutôt que de prendre le risque de prêter. Leur confiance en l’avenir semble vraiment limitée, mais on comprend mieux quand on considère qu’elles prennent en perte une partie de la dette grecque.

 

Au-delà de la partie qui se joue entre les états emprunteurs et leurs créanciers, lesquels, on l ’a vu ne sont pas forcément gagnants à tous les coups - il faut s’intéresser aussi à la flexibilité du budget de l’état.

 

Alors que la dette de la France était négligeable dans les années 1970 à 1980, les budgets n’étaient pas pour autant à l’équilibre. La situation d'aujourd'hui ne s’est pas constituée en un mandat, le dernier, bien que les déficits aient explosés  d’un peu plus de 1200 à un peu moins de 1800 milliards d’euros en 5 ans, soit d environ 100 milliards d’euros/an. Ce qui est supérieur à la moyenne des précédentes années.  Quelle est la part de la crise ?

 

 

 

120121_dette_france.jpg 

 

Jusqu’à présent, les traités européens ont considéré qu’un déficit inférieur à 3 % du Produit Intérieur Brut (PIB) relevait d’une bonne gestion. Bien évidemment, toutes choses étant égales par ailleurs, ces déficits ne pouvaient que se cumuler, année après année.

 

Donc, pourquoi  un tel déficit plafonné à 3% resterait –il vertueux?

 

Le budget de l’année "n" étant voté l’année n-1, on peut tabler d’une part sur une légère inflation qui,  en moyenne, sur ces dix dernières années s’établit aux environs de  2%, et sur la croissance du PIB. Les deux effets conjugués devraient donc  amener à terme la réalisation de budgets à l’équilibre, voir offrir un  léger excédent si la croissance a été au rendez-vous.

 

Comme on peut le comprendre, le budget d’un état  ne peut pas évoluer de manière souple, surtout dans le contrôle du déficit ; bien sûr,  le lâcher des rênes et les dépenses sans compter sont toujours possibles  à court terme, voire à très court terme, il y a cependant des verrous. Le budget comporte donc de grandes rigidités, des dépenses incompressibles créées par les engagements et les investissements des prédécesseurs, les salaires des personnels et bien sûr le remboursement de la dette quand c’est possible, mais surtout le paiement de ses intérêts dont le montant ne cesse d’augmenter…etc.  En matière de manœuvrabilité, le budget  est certainement plus comparable à celle d’un tanker plutôt que celle d’un hors-bord, le timonier doit donc agir avec délicatesse et anticiper les trajectoires pour compenser l’inertie.

 

Au delà de notre précédent article sur la dette,  les sujets de sa constitution et de la construction du budget de l’état  méritent que l’on y consacre prochainement quelques lignes, afin que chacun puisse se faire une idée sur ces questions.

Par Trans-en-Provence.net - Publié dans : Finances, fiscalité locale
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